Article du journal La Presse du 24 janvier 2022.

Finalement, l’appel d’offres précisait clairement que l’outil recherché devait être compatible avec les navigateurs Safari, Explorer, Chrome et Firefox. Or, Onix a expliqué dans sa soumission que même si les outils qu’il proposait étaient compatibles avec ces navigateurs, certaines fonctions étaient uniquement utilisables à travers le navigateur Chrome de Google.

Le navigateur Google Chrome est tant aimé, au point d’être utilisé par une vaste majorité d’internautes, quel est le problème?

Google, une entreprise privée américaine, contrôle déjà d’importantes parts du web et les activités de son entreprise s’étendent bien au-delà de son moteur de recherche. La présence de Google sur le web est tentaculaire: environ la moitié des sites web (!) contiennent son module de monitorage des visiteurs (Google Analytics). 90% du marché des moteurs de recherche sont accaparés par Google seul – le portail principal des internautes vers l’internet, où on tape des mots-clés plutôt que des URLs pour accéder à des sites. De plus en plus d’applications web sont hébergées sur l’infrastructure commerciale de Google. Nous collaborons par défaut sur des documents dans la suite bureautique de l’entreprise.

Google n’est pas le web, mais tend à le devenir pour nombre d’internautes. Quand c’est de surcroît un géant du web qui décide des modalités d’accès au web par son propre navigateur, la marge de manœuvre pour des espaces non soumis à l’entreprise se réduit (lentement mais sûrement). Notre accès au web, un espace aux formats et protocols ouverts depuis sa conception, ne devrait pas dépendre de l’entreprise qui fabrique le logociel, tout comme notre accès à une autoroute ne devrait pas être limité aux détenteurs d’une seule marque de voiture. Mais c’est précisément ce qui est en train d’arriver.