Article paru sur le site Web de Radio-Canada le 17 juin 2022.

Les grandes entreprises du numérique, qui occupent déjà beaucoup de place dans les vies quotidiennes des citoyens, ne cessent de chercher à conquérir d’autres territoires, maintenant celui de la diffusion sportive. Dans l’article, on annonce que tous les matchs de la MLS (Major League Soccer) seront diffusés sur AppleTV à compter de 2023, alors que le diffuseur traditionnel ne les diffusera plus.

Les géants du numérique, regroupés sous l’acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft), sont-ils en train d’étendre leur territoire dans tous les grands circuits sportifs? Et les réseaux de télévision traditionnels vont-ils devoir se contenter des miettes qu’ils voudront bien leur laisser?

Ce n’est pas la diffusion du sport qui est inquiétante à proprement parler (bien des gens s’en moquent, du sport, ou en tout cas du sport qui est diffusé à la télévision); c’est la place de plus en plus tentaculaire des grandes entreprises dans les vies des citoyen·ne·s, entreprises qui concentrent entre leurs mains non seulement les outils de travail (suites bureautique, stockage de fichiers) ou de messagerie personnelle (courriel, messagerie instantanée), ce qui est déjà beaucoup, mais désormais une part de plus en plus importante des contenus culturels et de divertissement.

«C’est un modèle, malheureusement, qui est appelé à prendre de l’ampleur, croit Frank Pons, directeur de l’Observatoire international en management du sport de l’Université Laval […].»

Pourquoi «malheureusement»?

Il semblerait qu’une journée «idéale» du citoyen moyen (du point de vue d’une grande entreprise du numérique) passerait à 100% par les GAFAM: vie sociale en ligne (en commençant par les notifications dès le réveil), travail et échanges sur les plateformes numériques toute la journée, divertissement le soir. Ce qui inquiète de cette tendance n’est pas tant que tout se passe en régime numérique – le grand basculement en ligne de la pandémie a mis en lumière les avantages de se voir encore «en présentiel» – mais que toutes ces activités passent par une poignée d’entreprises (voire parfois par une ou deux seulement), du lever au coucher.